Les Bandits d’Honneur

Les Bandits d’Honneur, des héros sombres qui sont bien présents dans la culture de mon pays. Des héros dont la vie a été enjolivée et romancée au cours des deux siècles derniers.

Certains Bandits d’Honneur ne l’ont été que de nom, vulgaires détrousseurs comme il en fut des centaines autant sur l’île qu’en métropole. Ceux à l’image de Mandrin ne sont que des figures de fiction à ma connaissance. Enfin il y a les vrais Bandits d’Honneur, ceux qui ont enfreint les lois écrites par respect d’une loi tacite, pour un affront fait à leur Honneur ou leur famille. Et encore parmi ceux-ci, la plupart face aux difficultés de la clandestinité, sont devenus des Bandits de grand chemin.

Enfin il y a le cas des VRAIS Bandits d’Honneur, qui ont souvent bénéficié de l’appui de leur famille, voir d’une certaine complaisance des autorités. Parmi ceux-ci, figure l’un de mes Aieux, Muzarettu dont voici une petite biographie tirée d’un blog assez riche sur le sujet. CorsicaMea.fr

Pour compléter ce petit article, un morceau qui, dans ma famille, a toujours été relié a Muzarettu, le dernier des bandits.

      Le dernier des bandits - Lucien Bocognano

“Muzarettu” (Antonio-Marco ALFONSI 1866-1952) 

Muzarettu” est né à Grossa, un petit village tout en pierre dans la région de Sartène le 15 novembre 1866. Il est issu d’une fratrie de 8 enfants.

Muzarettu“, le petit mulet tient son surnom de son tempérament et du plaisir qu’il avait enfant à sauter par dessus les haies et les cours d’eau comme un “petit mulet”. Comme beaucoup d’enfants corses de sa génération, il ne fréquente pas l’école et dès son plus jeune âge aide son père aux travaux des champs et garde le bétail.

A 16 ans, en signe de son émancipation, selon la coutume, son père lui offre son premier fusil. Muzarettu est désormais un homme. Les récits familiaux me font remonter que c’était très pour dire le moins un tireur adroit.

A 21 ans, le 10 mai 1887, il épouse dans son village Pauline Tomasi qui lui donnera 6 enfants.

Agé de 66 ans Muzarettu, reproche à l’un de ses neveux,Toto Giannini, âgé de 20 ans, ses fréquentations avec le bandit Bartoli. Les reproches, faits devant ses amis, sont insupportables pour Giannini  qui porte la main sur son vieil oncle et le gifle.

Muzarettu, s’en rentre aussitôt chez lui, prend son fusil et part à la recherche de son neveu, bien décidé à laver l’affront qu’il vient de subir en public. Il le trouve et sans un mot, lui tire deux balles en pleine poitrine. Voici donc Muzarettu, contraint de prendre le maquis.

Conseillé par ses proches, notamment le maire de Grossa de l’époque, il finit par se rendre aux Gendarmes. Il sera jugé et finalement acquitté. 

Après avoir habité quelques temps le village d’Arbellara, il se réinstalle à Porto-Pollo.

En juin 1943, expulsé par les Italiens de son logement de Porto-Pollo, il en rend responsable le secrétaire de Mairie et l’abat. 4 mois plus tard, il commet son 3ème meurtre en tirant à bout portant sur Antoine Jean Pianelli venu pour faire vengeance. De nouveau au maquis, en juin 1944, il est ceinturé par les gendarmes et emprisonné à Ajaccio.

Mais âgé (il a alors 78 ans) et souffrant d’un cancer de la bouche qui lui ronge le visage, il est conduit à l’hôpital Eugénie dont il s’évade le 02 novembre et rejoint le maquis dans les environs de Campomoro. Il est de nouveau condamné par contumace au travaux forcés à perpétuité  puis condamné à mort pour un double homicide le 07 juin 1945 mais cela n’a plus aucune importance car il est de nouveau libre dans son maquis qu’il parcourt inlassablement de Campomoro à Tizzano, se soignant avec les plantes de la région.

Le 22 août 1945, surpris par les gendarmes de Grossa qui lui intiment l’ordre de se rendre, il leur tire dessus, blesse l’un d’eux et disparaît.

Le 05 mai 1951, malgré le mal qui ronge son visage, il accepte d’être interviewé par Jean Bazal, l’unique journaliste qui l’ai jamais approché.

Muzarettu, laissé en paix par les gendarmes, mène désormais une vie tranquille mais misérable dormant tantôt dans une bergerie, tantôt dans une grotte. Endurant des pénibles souffrances, la moitié du visage emportée par le cancer, ne pouvant presque plus se nourrir, il est recueilli par un moine du couvent de San-Damianu à Sartène.

C’est dans ce couvent que, fatigué, défiguré par la maladie, le vieux bandit finira ses jours et rendra le dernier soupir le 23 février 1952. Après avoir reçu à Sartène les derniers sacrements de l’église, il sera enterré à Grossa au pied d’un énorme rocher. Il était âgé de 86 ans.

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